mercredi, 09 novembre 2005
SEUL CONTRE TOUS : Noé en Décalé
SEUL CONTRE TOUS
Réalisé par Gaspar Noé
Avec Philippe Nahon
France, 1980. Un ex-boucher chevalin se bat pour survivre. Après avoir abandonné sa fille adolescente, et dans l'espoir de reconstruire une nouvelle vie, il s'installe à Lille avec sa maîtresse enceinte. Il ne l'aime pas, pas plus que la vie dans l'appartement avec sa belle-mère. Très vite, ses espoirs deviennent aigreurs, et ses aigreurs obsessions. La violence explose.
L'homme revient à Paris et tente une fois de plus de recommencer sa vie. Il compte sur sa bonne étoile pour retrouver travail et amis. Mais l'un et l'autre se font rares. Ici comme ailleurs, vivre est un acte égoïste. Seul contre tous, l'ex-boucher se repli dans la chambre d'hôtel où, des années plus tôt, il avait conçu sa fille. Sans un sou et avec pour seul compagnon un revolver chargé de trois balles, il ne voit plus clairement quel est le moteur à sa vie. Son ventre lui crie de se nourrir. Son cerveau lui ordonne de se venger. Quant à son coeur...
Petits secrets sur ce film: 
Présenté et primé à Cannes
Seul contre tous est présenté en 1998 au Festival de Cannes. Il obtient le Prix de la Semaine de la critique, section dans laquelle il est présenté. Quatre ans plus tard, le film suivant de Gaspar Noé, Irréversible, qui aura les honneurs de la Sélection Officielle, fera scandale sur la Croisette.
Après Carne
Seul contre tous est le prolongement du moyen-métrage Carne, réalisé par Gaspar Noé en 1991, et qui mettait déjà en scène un boucher, sa fille et sa maîtresse, interprétés par les mêmes comédiens que dans le long-métrage. Dans les deux films, la photographie, saturée de rouge et d'orangé, est signée Dominique Colin.
Un film très spécial
Le film obtient en 1998 le Prix Très Spécial. Cette récompense, créée par les journalistes Jean-Claude Romer et Gérard Lenne, est décernée chaque année à un film jugé particulièrement original, insolent, étrange. Ont été, entre autres, distingués par ce prix Happiness de Todd Solondz, C'est arrivé près de chez vous de Belvaux, Bonzel et Poelvoorde (eh oui on le retrouve ici !!!), Trouble every day de Claire Denis ou encore La Bouche de Jean-Pierre réalisé par Lucile Hadzihalilovic, la compagne de Gaspar Noé.
Un projet difficile à financer
Il faudra six ans au réalisateur pour que Seul contre tous voie le jour. Au départ, Alain de Greef, qui dirige alors les programmes courts de Canal+, lui donne une somme d'argent qui lui permet de tourner, après Carne, un nouveau court-métrage. Mais, très vite, Gaspar Noé se rend compte que l'histoire qu'il veut raconter excède ce format. Après avoir démarché, sans succès, des producteurs, Gaspar Noé décide de le financer lui-même via la société qu'il a créée en 1991 avec son épouse Lucile Hadzihalilovic, Les Films de la Zone. Mais la maison de production a déjà engagé beaucoup d'argent pour le moyen-métrage de sa compagne, La Bouche de Jean-Pierre, sorti en 1996, et la tâche est plus compliquée que prévu. Finalement, Agnès B., enthousiasmée par le projet, apporte une aide financière qui permet de débloquer la situation.
Format
Seul contre tous a été tourné en super 16 et gonflé en 35mm. En salles, le film est projeté en Cinémascope, ce qui anamorphose l'image, contribuant à créer un climat oppressant.
Une affaire de Morale
Avant de choisir Seul contre tous, Gaspar Noé avait songé intituler son film Morale ou encore Rance (ce dernier mot étant l'anagramme de Carne, titre de son précédent film).
Un acteur révélé à 60 ans
En lui offrant le premier rôle de Seul contre tous, Gaspar Noé révèle au grand public un acteur de 60 ans, Philippe Nahon. Après avoir débuté en 1961 devant la caméra de Jean-Pierre Melville dans Le Doulos, Philippe Nahon a beaucoup joué au théâtre et pour la télévision. A partir des années 90, plusieurs cinéastes de la jeune génération s'intéressent au comédien, qui tourne ainsi avec Mathieu Kassovitz (La Haine notamment), Karim Dridi (Pigalle) ou encore Christophe Gans (Le Pacte des loups). Outre Carne et Seul contre tous, Gaspar Noé offrira à Nahon un rôle dans Irréversible, ainsi que dans Sodomites, un court-métrage pornographique réalisé en 1998 dans le cadre de la lutte contre le sida.
Une presse divisée
Film provocateur, Seul contre tous a profondément divisé la presse à la sortie du film, au point que quatre magazines ont décidé de publier l'opinion de deux critiques, l'un pour et l'autre contre. Il s'agit des hebdomadaires Télérama et Les Inrockuptibles, et des mensuels Première, Studio
LES CRITIQUES
Studio Magazine
Gaspar Noé est le seul provocateur pensant du cinéma français. Et tant mieux s'il dérange.
L'Evénement
Montage au couteau, esthétique détonante de la misère, enchainements narratifs haletants qui n'excluent pas l'humour : il fallait une bonne dose de talent pour conduire ce film limite
Les Inrockuptibles
(...)avec sa virtuosité incroyable, Seul Contre Tous prend parfois des allures de montagnes russes en chambre de bonne, mais aussi de tempête dans un cerveau (...)
Télérama
(...) ils sont rares (...), dans le cinéma français, les films où l'on a vu dénoncer avec une telle virulence la saloperie de la vie pour qui n'est pas né sous une bonne étoile.
Le Parisien
On pourra discuter à loisir sur la nature du propos ou la violence qu'il recèle, l'important est qu'il n'y a rien de mercantile, de fabriqué, de pervers, de gratuit.
Chronic'art.com
Cette peinture noire des m?urs prolétaires est la vraie raison du malaise ressenti devant Seul contre tous. La raison pour laquelle beaucoup ne pardonneront pas à Noé, même s'ils justifieront leur dégoût du film par des questions de forme.
Planète Cinéma
De la belle ouvrage qui dérange et réveille un public souvent trop infantilisé par un cinéma de bonne intention
Ciné Live
Une plongée en apnée dans le mental dérangé et dérangeant d'un boucher en proie à ses démons. Une réussite formelle indéniable, à ne pas mettre sous tous les yeux.
Le Nouvel Observateur
Nul ne doutera des bonnes intentions du réalisateur. Par l'abjection des mots, le tapage de la bande-son et la violence des images, Noé voudrait réveiller le spectateur-consommateur abruti de mensonges télévisuels.
Critique du Festival de Cannes :
En résumant de manière presque caricaturale, il s'agit de l'histoire d'un pauvre type que la malchance a jeté en prison puis dans la pauvreté. Il fini par sombrer dans le désespoir... et la bêtise. Il y a des scènes violentes comme les coups de poing donné dans le ventre de sa maîtresse enceinte. Il y aussi les retrouvailles avec sa fille, où l'on croit à sa rédemption, mais qui se termine par une relation incestueuse.
Ainsi, ce film n'a rien de politiquement correct.
Le cinéaste nous offre un cinéma extrême, tant dans le discours que dans les images.
On entend ainsi en voix off les pensées intérieures du boucher. Lesquelles représentent en définitive un pot pourri de maximes existentialistes de bistrot (rejoignant certaines vérités fondamentales, mais faussées par leur simplisme et leur pessimisme presque maladif). On l'entend ainsi se dire : "Vivre est un acte égoïste. Survivre est une loi génétique". Toutes les rancoeurs qu'il ressent sont le fruit de la crise financière qu'il traverse. En outre, le débit ininterrompu de ses pensées laisse peu de place au spectateur pour formuler ses propres pensées. Ainsi, on fini par s'identifier au boucher, même si l'on est très loin de ce personnage.
Quant à la forme, le réalisateur reprend ici les partis-pris formels de Carne. Il les pousse plus loin et plus fort de manière presque "pamphlétaire". Encore plus de "Boums" et de "Blams" sur la bande son. A un moment donné, Gaspard Noé joue même avec le public en affichant un panneau indiquant que "Vous avez 30 secondes pour abandonner la projection du film", indiquant par là la gravité des images à suivre. L'image elle-même interpelle: elle contient beaucoup de monochromatisme et d'effets de raccords en pixillation à l'image.
Quant au choix de Philippe Nahon, il se révèle incroyable dans le rôle de cet homme paranoïaque qui se trouve entraîné malgré lui dans une descente en spirale. Sa voix forte et chaude laisse facilement bercer le spectateur dérangé ou emballé par le cinéma peu consensuel de Gaspard Noé. C'est un film de survie, où l'amour et la morale trouvent ici des connotations inhabituelles.
Bref un film vraiment DéCALé et qui marque les esprits
BuFaLo
22:26 Publié dans 1°) GROS PLANS SUR DES FILMS DéCALéS Cultissimes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










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